Pourquoi le dopage?

  Le monde du travail est le milieu le plus touché par le dopage au quotidien, les actifs étant les plus concernés par notre société moderne. Nous allons donc déterminer les différents contextes qui peuvent amener à se doper dans le monde du travail.

 Le monde du travail n'est pas un vase clos, il secrète ses propres lois, ses propres valeurs et ses propres contraintes. Mais il est lui même sous l'influence du fonctionnement social au sens large du terme, des repères évolutifs qui structurent notre société et des modes, des valeurs, des images et des courants qui agitent celle-ci. Pour bien comprendre ce qui se passe dans le monde moderne il faut avoir en tête deux énormes changements qui, au cours des deux ou trois dernières décennies, ont bouleversé notre société.

Les conditions du dopage au quotidien

 Le premier est l'incontournable notion de performance. Il faut être le meilleur. La performance devient un culte : il faut être performant dans tous les domaines(travail santé physique, etc..) . Être malade ou vieillir sont de plus en plus marqués du sceau de la honte. Il faut assurer cette contradiction élémentaire : vieillir tout en restant jeune. Il faut être également performant dans sa santé morale : être triste est presque devenu obscène. Être déprimé est perçu par les autres comme étant incompatible avec toute forme d'efficacité. En un mot il faut être performant dans toutes les facettes de sa vie même les loisirs avec une obligation qui en serait la résultante, celle du bonheur. Mais là encore, il s'agit d'être efficace : non seulement il faut être heureux mais il faut savoir le montrer. Dans ce contexte nous comprenons aisément que ce qui est demandé à l'homme est tout bonnement surhumain. Répondre à toutes les sollicitations, s'efforcer d'entrer dans le cadre, correspondre aux attentes qui sont présentées comme basiques à défaut d'être naturelles, allier efficacité et longévité font que la vie quotidienne est devenue un véritable parcours du combattant. Elle s'apparente à une compétition de haut niveau : Tous les jours j'étais en finale de la coupe du monde témoignait un patient, expert en informatique. On ne fait plus de distinction entre le sportif de haut niveau et le salarié.Tous les deux baignent dans un même contexte de compétition féroce.

 Tout au long du XXème siècle, le médicament, a été inventé, commercialisé, prescrit. Celui-ci était inscrit dans une chaîne de raisonnement logique ou supposé tel qui partait de la reconnaissance de signes cliniques, permettant de poser un diagnostic aboutissant à un traitement. Dans ce contexte, il n'était pas question de prendre des médicaments en dehors de toute prescription ou lorsqu'fg.pngon était pas malade.  Au cours des années 80, vont apparaître des spécialités ne correspondant plus nécessairement à un optique stricte de soin au sens classique du terme (compléments alimentaires, usage détourné des antidépresseurs à la mode comme le Prozac par exemple). Ces spécialités vont entrer dans la liste assez floue des médicaments de confort. Le confort recherché est celui correspondant à l'éradication des petits tracas quotidiens. Les messages répétés par la publicité par exemple, laisse à penser qu'à chaque tracas du quotidien, existe une réponse chimique. Le médicament a perdu sa fonction thérapeutique initiale, le patient est devenu un usager, un consommateur de substances chimiques. Les laboratoires pharmaceutiques ont clairement identifié ce nouveau type de demandes et vont orienter leurs recherches en ce sens. Ainsi l'industrie pharmaceutique va créer les outils permettant de répondre à ces nouvelles exigences notamment dans le domaine des substances psychoactives.. Tous les éléments sont alors en place pour voir se développer les pratiques de dopage. D'un côté une demande du corps social d'amélioration de la performance et d'hyper-adaptation, de l'autre les produits permettant d'arriver à ces fins et en définitive des sujets mis en situation de (devoir) les utiliser. C'est une désacralisation du médicament et une perte de son statut magique.

Dans ce contexte de compétition et de tension permanente, le salarié est confronté à des situations de stress durable. Comment s'enclenche alors le recours à des substances psychotropes et quelle est la prise de conscience pour la personne que sa consommation devient problématique ?

Dans un premier temps, le salarié sera amené à consulter pour une pathologie de type dépressive ou anxieuse avec trouble du sommeil. Nous sommes donc dans la mise en route de traitements prescrits dont la posologie est respectée. Dans la majorité des cas, nous en restons là.timthumb-php.png

 Dans certains cas nous assistons à des dérapages. Le patient passe alors d'une démarche de traitement à une démarche d'automédication destinée à être plus performant, plus imperméable au stress. Tel le sportif de haut niveau qui ne peut assurer sa charge de compétition sans le recours à certaines substances, le salarié ne pourra répondre aux sollicitations de son quotidien sans l'apport de ces produits. C'est ce que nous appelons le dopage au quotidien. Le sujet va augmenter ses doses de façon généralement anarchique. Cette augmentation touchera toutes les classes de médicaments que ce soient les antidépresseurs, les anxiolytiques ou les somnifères ou de caféine. De nombreux effets secondaires vont apparaître et notamment l'accoutumance. Souvent le patient est épuisé à la fois par la surcharge médicamenteuse mais aussi parce que cette démarche rate son but. C'est alors que certains sujets passent un nouveau cap.

A la suite de rencontres ou de lectures, ils vont tester de nouveaux produits sensés leur venir en aide. C'est alors une longue liste de produits qui vont être utilisés, notamment de stimulants : caféïne (en gélule), voire des produits illicites tels que le cannabis ou la cocaïne, toute sorte de drogues douces ou dures mais aussi d'autres produits actifs sur les signes de stress (les bétabloquants par exemple), sans parler des multiples cocktails survitamnés. Le quotidien de ces personnes se rapproche d'une caricature que l'on pourrait nommer l'homo synthéticus avec, en fonction des heures et des jours, des produits pour être en forme, des produis pour stimuler, puis des produits pour calmer, d'autres pour dormir, ou enfin des produits pour assurer dans des circonstance bien spécifiques ( lutte contre le décalage horaire en avion, préparation à des rendez-vous par exemple).

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